Anthem for the Broken

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Message par Leif Kräkenford le Mer 26 Juin - 10:22

Anthem for the Broken Akroud

Akroud n'avait jamais l'air surpris, ou choqué, ou triste... La plupart du temps il avait l'air indifférent. Ça ne parlait pas de camélidés, alors ça ne l'intéressait pas. Ces nobles animaux qui à son sens faisaient la beauté du monde, c'était toute sa vie ; en-dehors de cette spécialité, il avait du mal à forcer une expression passionnée à s'afficher sur son visage. Et de toute façon, la nouvelle ne l'avait pas vraiment surpris.

Il avait toujours su que Lyther n'était pas juste Lyther, mais un peu davantage. En clair, que le débutant qui lui avait fait ses premières tenues de mannequin à l'époque où lui-même ne valait pas encore grand-chose avait eu une vie avant Melbourne. Maintenant il savait laquelle – c'est vrai qu'il n'avait pas imaginé ça. Il pensait que c'était un petit bourgeois de Sydney qui s'ennuyait horriblement en jouant avec la garde-robe de sa mère, et qui avait tout plaqué pour suivre son rêve. Eh bien, c'était un peu différent et voilà.

L'autre nouvelle – la garde royale l'attend pour l'arrêter, à l'entrée de ce palais des mille et une nuits qui a été son seul refuge ces dernières années – ça, c'était plus difficile à avaler. Mais Akroud ne faisait pas de politique. Il se contenta donc d'une moue dédaigneuse. Et c'est alors que tomba la troisième nouvelle. Lyther ne reviendrait pas. Il s'était donné la mort. L'intérêt du chamelier commença à s'éveiller. Il commençait à bien le connaître, son Lyther, et ça lui paraissait vraiment étrange. Ce n'était pas la réaction qu'il lui aurait prêté.

D'accord, il était coincé entre la justice de différents pays, une démocratie qui lui reprochait de traîner avec des esclavagistes, et ces esclavagistes qui lui reprochaient de ne pas respecter le dress code du club local. Mais Lyther avait toujours eu le chic pour inventer des solutions dignes et originales. Certes, le suicide, ça pouvait être digne. Mais original, absolument pas. Akroud ne mena donc pas le deuil, tout simplement parce qu'il n'y croyait pas encore. Et puis, sa façon de mener le deuil n'aurait pas été comprise ici. Les rituels animistes de sa tribu s'étaient éteints avec elle, sous les coups d'autres esclavagistes, dans un autre désert. Depuis, il n'était plus pratiquant. Seul, ça n'avait aucun sens.

Evidemment, les biens d'un ancien résident mort étaient redistribués aux vautours voisins. Il s'agissait de combler les dépenses inutiles faites en son absence. Ses esclaves aussi furent remis sur le marché. L'un d'eux était une perfection humaine, qui trouverait sa voie sans problème. L'autre, un rebelle déprimant aux allures de naufragé, qui retourna directement en cellule. Il avait besoin d'une bonne rééducation, ce n'est pas Lyther qui la lui avait apportée.

Akroud prit l'habitude d'aller le voir de temps en temps. Il avait déjà hérité d'une esclave, Harmony, la première inadaptée que le styliste avait pris sous son aile ; ça s'était très mal fini. Lyther était devenu l'ombre de lui-même à cette époque, et si son meilleur ami, le ...Suédois ? Danois ? n'avait pas été là pour le soutenir, il aurait réellement broyé du noir. Ils s'étaient quand même drôlement repliés sur eux-mêmes, et ça commençait seulement à aller un peu mieux. Akroud questionnait l'esclave pour en savoir davantage. Lyther était-il moralement affaibli au point de mettre fin à ses jours pour une connerie pareille ? Non, il en était de plus en plus sûr, ça cachait autre chose. Le styliste avait toujours été un sale dissimulateur, avec trois coups d'avance sur tout le monde.

Et puis, son ami Finnois là, c'était un tendre. Il n'aurait pas eu l'air si paisible, il ne se serait pas autant amusé, si Lyther venait de mourir. Il aurait été une épave. Il aurait eu des relations horribles avec son frère, qui fréquentait aussi le palais, puisque c'était le détective commandité par ce dernier qui avait découvert toute l'histoire et l'avait laissée s'ébruiter. Enfin. Akroud devait présenter ses plus belles bêtes lors d'une fantasia à la capitale. Il se consacra à cette importante activité, qu'il accomplissait religieusement chaque année. Il fallait bien que son sentiment religieux s'exprime quelque part.

Avant son départ, il passa voir Alexian et dit simplement : "J'emmène mes plus beaux chameaux sur un festival. Je serai de retour dans deux jours." Ils ne communiquaient pas vraiment. Chacun avait son propre monde intérieur à gérer. Mais l'habitude voulait qu'il le prévienne. A son retour, il revint et déclara : "J'ai vu des gens intéressants."

C'était assez surprenant de sa part pour donner l'alerte à quelqu'un qui commençait à bien le connaître. En réalité, il avait été approché par un agent de la police américaine, infiltré parmi les touristes, qui savait pouvoir le trouver là et avait fait mine de vouloir lui acheter une de ses bêtes. La transaction leur avait permis d'échanger à mots couverts quelques informations très importantes : oui, Lyther avait cessé de faire partie des vivants, parce qu'il avait fait un deal avec la justice, et avait disparu dans les limbes d'un programme de protection. Il avait changé de nom, et vivait désormais sous bonne garde, en alimentant leurs réseaux d'espionnage par les informations qu'il possédait.

Akroud n'avait pu se retenir d'un franc sourire : voilà qui lui ressemblait davantage.
~
Anthem for the Broken AJROUD

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Message par Alexian Oaken le Ven 28 Juin - 19:26

La sensation étouffante se répercute encore et encore dans l’habitacle. Les murs de pierres n’aident pas vraiment à l’isolation et ici, contrairement à la plupart des appartements de ce splendide Harem, pas de climatisation. Peu importe, c’est le dernier des soucis d’Alexian qui subit depuis deux mois un emprisonnement constant. Initialement, c’était des petites visites pour des motifs minables, on lui reprochait son attitude trop déplaisante et chaque erreur était le motif de le punir de manière trop sévère. Une manière de lui faire payer les erreurs d’un autre, en quelque sorte.
La dernière fois, c’était le bruit du martinet qui retentissait dans l’habitacle. L’un des gardes n’a pas apprécier que le martyr lui envoie son verre d’eau au visage. A la suite de cela, autant dire que les violences corporelles ont escaladées crescendo jusqu’à atteindre un moment ou le seul répit se retrouvait entre les deux coups qu’on lui administrait. La vraie raison : ils voulaient savoir ce qu’était devenu Lyther, car bien qu’ils soient assez crédules, les princes du Harem n’imaginaient pas que la réalité de sa mort soit probable. Ils voulaient en savoir plus, du moins, savoir pourquoi il aurait ainsi vendu ce lieu si « paradisiaque ». Ce n’était censé n’être qu’un interrogatoire, peut être un poil musclé mais, le martyr ne facilitait pas les choses.

Disons que, les gardes ont toujours appliqué les règles à leur manière et quand les princes avaient le dos tourné, la violence dont certains étaient capables était assez forte. Bien sûr, c’était toujours mieux que de ne plus rien sentir du tout. Par moment, lorsqu’on son regard était rivé sur le sol, il avait cette sensation désagréable que plus rien n’existait, un peu comme étant dissocié de son propre corps. Il l’a déjà ressenti, cette sensation désagréable d’être le spectateur de tout ce qu’on est en train de vivre. Enfermé dans une bulle et que toutes les choses nous paraissent terriblement distantes alors même que la certitude que le bâton de bois s’écrasait bien contre l’épiderme plein d’ecchymoses de l’anglais. C’est une sensation étrange, tranchant avec les instants de bonheur qu’il a peut esquisser de ses mains quelques mois auparavant avec Lyther. Il ne sait pas bien comment qualifier tout cela…réellement.
Le seul rituel auquel il s’accrochait était la visite d’Akroud, trop muet la plupart de temps. En fait, même lui n’était pas bien capable de bien des choses, les côtes brisées, la cheville droite aussi et assez de couleurs sur le corps pour qu’un artiste impressionniste en soit inspiré. Il faisait peine à voir, un mauvais tableau, ou un trop beau, ça dépend de la position qu’on adopte. Evidemment, il avait déjà entendu le prénom de l’homme, c’était également lui son tortionnaire référent lorsque son propre maître à disparu en Norvège pour tenter le diable. Il faut dire qu’il sait drôlement s’amuser. Il paraît que c’est son personnage préféré…du moins dans une fameuse pièce.

La douceur des paroles parfois d’Akroud faisait du bien à l’âme de Ian. L’impression qu’au moins il comptait pour une personne. Peut être qu’il attendait également des réponses ? L’aveu de l’homme pourtant le fait à peine frémir. D’une voix déchirée et brisée, bien loin de l’homme qu’il était avant il murmure :

« Quel genre de gens ? Du genre avec du pouvoir ? Ou de ceux qui le subissent ? » L’amertume est un peu significative mais, il sait que l’homme de s’en formalisera pas. Allongé sur son lit de fortune, il gémit légèrement en se redressant, se sermonnant mentalement. Akroud n’est pas méchant, il est là simplement pour lui, il devrait faire un effort. « Hier, un garde a décidé que je n’avais pas besoin de manger. » Les maltraitances des martyrs ne sont pas nouvelles et désormais, il sait que même l’Emir ne l’empêchera pas. Puisqu’il existe une certitude, on n’abîme pas un bien aussi précieux qu’un esclave sexuel. Alexian n’a plus de maître et sa docilité n’a pas fait ses preuves. Raconte-moi…le festival. » qu’il parvient à dire en passant sa main dans ses cheveux.
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Message par Leif Kräkenford le Sam 29 Juin - 8:42

Une conversation. C'est qu'il en était capable. Il avait juste une manière de s'exprimer qui apparaissait souvent comme une tentative délibérée de perdre son interlocuteur et de le laisser confus. Non, il essayait vraiment de communiquer ; il aimait les énigmes, voilà tout, ça maintenait l'intérêt actif. D'un vague geste de la main, il désigna l'espace sordide qui les entourait. Il avait déjà oublié l'amorce de leur échange.

"Si Lyther était resté, il serait là dans cette même cellule, et dans le même état. C'est drôle de se dire ça. Enfin, non. Il n'y serait plus, depuis le temps. Il serait là" – Akroud montra distraitement la fenêtre qui donnait sur la cour où avaient lieu les exécutions publiques, celles des esclaves au bas de la chaîne alimentaire. Tout juste des peaux qu'on étend sur des baguettes au soleil pour les faire sécher, dans un but utilitaire. Pas même des têtes qu'on fixe sur des piques. "Et il n'en resterait pas grand-chose. Le choix qu'il a fait est préférable pour tout le monde, probablement."

Une petite grimace dégoûtée. Préférable pour l'esthétique ; ça c'était de l'humour noir. Préférable pour Alexian ; ça, c'était un message discret.

"Il m'avait parlé de ce qu'il ferait si un jour on le démasquait. Pas en termes aussi clairs mais... Si il avait de graves problèmes avec la justice du palais."

Il se rapprocha, replia ses longues jambes sous son burnous jaune pâle, et s'assit contre le mur, au coin de la grille qui le séparait de son interlocuteur. Il n'y avait plus si grande différence entre eux maintenant. Lentement mais sûrement, de résident modèle, Akroud passait dans le camp des criminels. Tout ça à cause de Lyther. Un jour, il le lui revaudrait. Il ne savait pas encore si c'était de la rancune qu'il ressentait pour cette métamorphose, ou de la gratitude.

"Il avait dit qu'il ferait disparaître son corps dans les sables mouvants, s'il devait se donner la mort. Comme ça, son ami Hamlet ne saurait jamais ce qui lui était arrivé. C'était sa grande priorité."

Akroud haussa les épaules et ferma les yeux un instant. Chacun ses énigmes, pas vrai ? Il ne cherchait pas  à comprendre ces choses-là.

"Et à vrai dire, il l'a fait. Faire disparaître des gens dans les sables mouvants. Tu as entendu parler de cette histoire, non, n'est-ce pas ? Il a embarqué deux esclaves dans le désert, à l'insu de tout le monde – je l'ai aidé, bien sûr, j'ai vu l'endroit de mes yeux – et il a fait croire qu'ils avaient péri dans les sables mouvants en tentant une évasion. C'est ce qui était prévu en tout cas, pour le moment où on les chercherait. En réalité, on les a ramenés avant que leur petite sortie fasse des vagues. C'est moi qui étais chargé de les torturer, mais j'ai changé d'avis. Longue histoire."

On les écoutait, bien sûr. Tout ce qu'il dirait aurait des conséquences. Ce soir même il serait convoqué. Il sourirait : oh, si il disait qui étaient les maîtres concernés par l'affaire, ils auraient des ennuis, pour avoir couvert tout ça, et c'étaient de hauts personnages. On lui dirait qu'il bluffe ; alors, il donnerait leurs noms. Et ensuite – il verrait bien. Très certainement on lui réclamerait de montrer cette nappe de sables mouvants dont il parlait, et ça tombait bien : il en connaissait deux. Il montrerait l'autre. Le plan était déjà enclenché.

"Je repasserai demain. Tu crois que tu peux t'arranger pour être soigné, dans les temps qui viennent ? Au moins ta cheville. C'est bien de pouvoir marcher. Ou courir. Tu ne comptes quand même pas rester en cellule éternellement."
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Message par Alexian Oaken le Sam 29 Juin - 15:01

Entendre ce prénom dans cette cellule contribue à le tendre en un seul bloc de pierre. Il fixe Akroud avec la même lueur agressive dans le regard qu’il avait déjà eut envers son maître par le passé. Il ne supporte pas d’entendre son prénom dans la bouche de cet homme, lui relatant la place qu’il aurait eu sur l’échiquier. Lyther est le roi, il l’a toujours été, le même type de pièce capable d’être inutile ou de renverser la partie. Il le disait souvent, il était le propre prince de son monde, peut être qu’il anticipait tous les coups d’avances. Tous sauf un ? Il ne s’imaginait sans doute pas l’emprise qu’il aurait sur l’anglais et la manière dont toutes les tentatives pour s’évincer se sont transformées en une capacité à s’aimer. Akroud l’ignore aussi et qu’il emploie le ton professoral qu’il a en cet instant l’agace.

« Ne me dis pas ce qu’il aurait été. La réalité, c’est qu’il n’est pas là. Tandis que moi je suis ici, à payer le prix par mon corps de ses erreurs. C’est souvent le cas, soit de ses erreurs, soit de ses peurs. L’un dans l’autre… »

Il est plus simple ainsi de le détester que de l’aimer. Lui reprocher cette violence lui permet de garder l’esprit sain et il ignorait que c’était nécessaire après tout ce temps. Ian pensait que la liberté était précieuse et il s’en défendait dans les couloirs du Harem, désormais prisonnier, c’est un peu comme un comique de situation. Prisonnier plus que jamais à la fois des coups et de ses sentiments contradictoires pour lui. Lentement, il soupire, bougeant soigneusement son pied qui le tiraille de douleurs. L’humidité de la pièce permet de supporter un peu la chaleur mais, le plus dur reste l’obscurité qui ne permet pas de distinguer le jour de la nuit.

« C’est le jour ? Dehors ? » Bien sûr, la petite ouverture donnant sur l’extérieur donne quelques informations mais, l’ombre est tellement forte, qu’on pourrait s’y tromper. « Si j’avais su, j’aurais fait en sorte que son corps disparaisse bien avant, j’en avais l’occasion. »
Tout en fixant l’homme il repense à cette fameuse fois sur le balcon de l’appartement où l’homme brun lui murmurait qu’il lui serait si simple de le pousser, pour cacher son corps dans le sable et le tuer. Qu’ils auraient pu se tuer ensemble. Sur le moment, cet aveu l’avait touché car brutalement, il avait pris le temps de considérer réellement la chose comme une opportunité.

« Tu cherches à me dire qu’il n’est pas mort et qu’il parvient à faire fuir des esclaves d’ici ? » Le ton est sceptique car il lui est plus simple de le considérer comme mort. C’est une finalité, une façon de mettre fin à cela et d’accepter son sort. Envisager une autre alternative donne le même sentiment qu’envisager une autre fin à un livre pour finalement s’apercevoir que le dénouement est tragique et que nous n’avons aucune emprise sur ce dernier. C’est déroutant, inutile et stupide. Cela crée simplement de l’espoir dans notre esprit et n’offre aucune opportunité que celui de rêver. Et rêver…il n’en a plus envie.

Pourtant, à mesure que les minutes s’égrainent et que les devinettes d’Akroud prolifèrent dans la pièce, il ne peut s’empêcher de recoller les pièces d’un vaste puzzle. Envisager la réalité selon laquelle il pourrait bel et bien être en vie. Après tout, Erhard ne semblait pas anéantit. Il sait qu’il l’aurait été autrement ! « Tu me dis la vérité ? Ou tu me parles simplement de cela pour amoindrir ma situation ? Ils vont me tuer ? » Akroud pourrait jouer un autre jeu, le consoler et lui offrir de l’espoir tout en sachant qu’il mourra le lendemain. Pourtant, il ne pense pas que c’est le type de personne qu’est le tortionnaire.

Machinalement il bouge la cheville et murmure : « Ils ne me soigneront jamais, ils ne l’ont pas fait pour mes côtes. Je peux courir, essayer du moins…je n’ai plus rien à perdre… » Il sait que peu importe ce qu’il tentera, il ne se fera pas soigner. A la rigueur, il obtiendra de l’eau. Seigneur, comme il aimerait de l’eau en cet instant. Alexian soupire et passe de nouveau une main dans ses cheveux emmêlés.
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Message par Leif Kräkenford le Sam 29 Juin - 20:42

"Silence."

Peut-être le mot préféré d'Akroud. Une simple indication, comme un rappel à une puissance supérieure dont le pouvoir est omniprésent. Un bref regard en direction du couloir où la garde pouvait toujours passer et surprendre une phrase de trop. On les écoutait, il ne fallait jamais l'oublier. Pas besoin d'insultes, pas même de froncement de sourcil. Il n'avait pas d'autorité sur cet homme absurde et il le savait, il ne souhaitait pas en avoir non plus.

"Je dis juste qu'il a fait une blague un jour à deux esclaves qu'il avait pris en grippe, et que je l'avais aidé à les faire sortir brièvement du bâtiment. C'est tout ce que je dis."

Il se rapprocha et son long bras traversa la grille, pour dessiner du bout des doigts dans la poussière tout en parlant. On pensait souvent qu'il ne savait pas lire et écrire, tant il accordait peut d'intérêt à ce type de supports dans la vie quotidienne ; mais il arrivait sans peine à écrire mot après mot, tout en parlant de carrément autre chose à voix haute. Il effaçait chaque mot avant d'écrire le suivant, en espérant qu'Alexian arrivait à se concentrer.

"Tu es très irrespectueux envers ton ancien maître. Ce n'est pas comme ça que tu en trouveras un nouveau. Moi qui pensais presque à te récupérer ! Tu ferais la paire avec Harmony. J'aurais presque dit que vous pourriez discuter de Lyther ensemble, mais elle ne discute plus, c'est une sorte de légume, tu vois... Enfin, tu vas peut-être finir comme elle ! Ce serait amusant, du point de vue de l'ironie ! Elle fait encore certaines choses, je vous laisserais avoir des relations sexuelles ensemble, si tu es sage. Si c'est ton style. Je regarderais le spectacle avec curiosité. Deux petits culs pâles comme les vôtres, ça serait distrayant, à défaut d'arriver à m'exciter."

Il se tut un peu, avec un ricanement déplaisant, le genre de rire qu'il avait quand il se forçait à adopter cette expression pour les besoins d'un échange social un peu extraverti à son goût.

Les mots qu'il écrivait en même temps formaient le message suivant : "Vivant. Allié à la police. Je sais, bizarre. Il devait être très en colère. Un policier m'a parlé, en ville. Impossible d'agir pour le moment. Trop de pressions politiques. Ils cherchent une solution. En attendant, je vais sortir Harmony, elle se laisse mourir. Et je crois que toi aussi."

Il conclut à voix haute, en se relevant, pour le toiser de l'air arrogant attendu de son rôle : "J'ai besoin d'un esclave en état de marche, pour ça. Alors lèche les bottes de qui il faudra, mais fais-toi remettre en état de marche." Il insista sur le mot marche, puis s'éloigna et croisa effectivement un garde qui avait dû écouter la fin de leur échange.

"Je pourrais le récupérer, cette épave là-bas, il me reste une place et il ferait l'affaire ; mais il faut qu'il ait meilleure figure. Il est complètement déshydraté, ça ne donne pas envie. Ça doit être sec comme à l'intérieur d'une momie, là-dedans."


De retour aux écuries, il plaça la tête sous le robinet de l'abreuvoir et fit couler de l'eau froide, peu inquiet de tremper son vêtement. Il n'avait pas seulement chaud, il se sentait sale. Cet endroit commençait à lui coller à la peau comme une sueur de fièvre. Oui, il était temps que ça se termine, d'une manière ou d'une autre. A sa visite suivante, il déclara qu'il venait louer Alexian à l'essai pour une semaine.
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Message par Alexian Oaken le Dim 30 Juin - 2:24

L’ordre le saisit de surprise. Il se tait lentement en observant l’auteur de cet ordre. Pourtant très vite il comprend que cette demande n’émerge pas d’un agacement du sujet de la conversation mais plutôt d’une évidence qu’il n’avait pas imaginée. Ils sont écoutés, comment n’y avait-il même pas songer ? La réalité lui échappe un peu trop depuis quelques semaines, il oublie parfois même où il se trouve. Lentement, son visage tuméfié se pose sur celui du tortionnaire, écoutant en même temps ce qu’il lui dit et lisant d’un œil un peu curieux ce qu’il lui écrit dans la poussière. Il n’a pas une bonne vue dans cet espace, trop sombre pour apercevoir correctement. Il se prend à repenser à une rencontre similaire, plus d’un an plus tôt. Il était en meilleur état physique qu’en cet instant sans doute.

« On ne me demande pas d’êtres respectueux, juste d’ouvrir les cuisses. Je sais encore le faire. » La touche de cynisme dans sa voix ne trompe personne, c’est même une petite boutade si on connait assez bien le personnage. Alexian est trop chaste, ce genre d’homme très timide en amour qui a du mal à se laisser aller. Il n’y consent que très peu et finalement, c’est même surprenant qu’il ait échappé autant au sexe dans un Harem et si longtemps. Un miracle sans doute, peut être aussi le bienfait de son ancien maître ou un savant mélange des deux.

« J’aime les hommes Akroud, je ne coucherais pas avec une femme. » Il le fixe très sévèrement, effleurant d’une main la poussière sur le sol. S’il était plus franc, il dirait qu’il n’y a qu’une personne à ses yeux mais, cette réalité ne mérite pas d’être dévoilée. En un sens, elle n’a plus d’importance à ses yeux, il perd espoir. Perdre espoir c’est également le plus sur moyen de rendre les armes.

Pourtant, alors que l’espoir disparait, le message écrit dans la poussière le surprend assez pour qu’il sente ses mains trembler. Le premier mot aurait pu lui suffire et c’est assez le cas pour qu’une larme ruisselle le long de sa joue. Il préfère le savoir vivant que mort même si cette survie implique qu’il soit prisonnier à vie. Il pourrait y faire face, il est assez fort ? Alors qu’il ne s’autorise même pas à espérer plus, le message se poursuit et le frémissement de ses mains devient un tremblement incontrôlable. Le manque d’eau, le manque de nourriture, l’émotion. Un peu de tout cela qui fait vibrer également son cœur, lui martelant la poitrine alors que son souffle se fait court et irrégulier.

« Je ne suis pas du genre à lécher les bottes encore moins pour un tortionnaire. Si tu me veux, il faudra te battre. » Qu’il lâche sèchement après quelques minutes. Il se contente d’écrire pour lui cependant : Compris.
Il n’a pas besoin d’en dire plus et le message est passé, il a besoin de se soigner, de boire et de prendre des forces car la fuite envisagée sera longue et éprouvante. Sur un mode automatique, il se contente d’essayer de faire tout cela, l’un des gardes ayant assez pitié ou s’assurant de la demande d’Akroud vient alors pour s’occuper assez de lui pour lui redonner une allure plus humaine. Ce n’est pas parfait, suffisant à peine pour le faire survivre mais, ne s’agit-il pas que de cela ?

Sans distinguer le jour et la nuit, incapable de dormir, il repose sa tête contre le sol poussiéreux, sa main dessinant dans la poussière machinalement, ayant pris soin d’effacer les messages un peu plus tôt. Il ignore si tout cela se passera réellement et pourtant, l’espoir fait assez gonfler son cœur pour qu’il recommence à y croire un seul instant.
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Message par Leif Kräkenford le Dim 30 Juin - 10:26

"Continue à souffrir avec courage. La souffrance n'est pas éternelle."

Un mot qui aurait pu être religieux, mais quand Akroud le glissa à l'esclave aux cheveux teints en bleu, c'était une promesse de sauvetage dissimulée. Il acheva de traverser les jardins, et se rendit aux cellules pour récupérer son nouveau captif. Un pas à la fois ; un sauvetage à la fois. Ils n'allaient quand même pas tuer tous les esclaves à qui il avait adressé la parole...

Il avait passé quelques jours assez étranges, dans l'attente de pouvoir mettre son plan en action. Le fait que ses dromadaires préférés avaient été vendus lors du festival à Dubaï, ça ne rassurait pas forcément les autorités. C'est ce qu'aurait fait quelqu'un qui prévoyait de fuir, non ? Ne pas laisser ses possessions les plus chères derrière lui, de peur qu'il leur arrive quelque chose en punition, ou de ne plus pouvoir les récupérer.

On l'avait convoqué pour discuter très sérieusement, et en effet, comme il l'avait supposé, cette histoire avec Lyther et les deux esclaves disparus, un brun et un blond qui faisaient d'ailleurs la connerie d'être en couple, était revenue sur le tapis. On lui avait demandé d'indiquer très précisément où ils avaient été emmenés – il parla donc de grottes sous une montagne – et quels sables mouvants seraient utilisés pour leur disparition. Il traça un itinéraire fantaisiste, inventa une raison personnelle à Lyther pour suivre une voie aussi tortueuse, et sortit de l'entretien à peu près certain de les avoir convaincus.

L'avantage avec Lyther, c'est qu'il n'agissait pas selon la logique commune. On pouvait donc lui prêter n'importe quelles bizarreries.

Il avait ressenti une certaine ambiance raciste très agaçante au cours de cet entretien. L'un des princes présents l'avait appelé Candyman une fois ou deux, les autres étaient restés corrects mais s'étaient contentés de petites allusions. Leurs opinions politiques, longtemps dissimulées sous un vernis commercial, s'exprimaient de plus en plus clairement. A croire qu'ils avaient assez de clientèle pour faire les difficiles, désormais. C'était une manière comme une autre d'afficher complet, voire de libérer des chambres.

Il prépara son départ dans un calme paisible. Harmony le suivait des yeux, l'air morne. Evidemment elle ne se doutait de rien. Il se demandait vraiment dans quelle mesure elle s'était persuadée de se plonger dans cet état. Les médecins déclaraient qu'elle aurait déjà dû se remettre de sa phase d'absence, mais il ne la blâmait pas d'avoir choisi d'y demeurer. Après tout, à quoi bon parler, profiter de la vie, s'intéresser à quoi que ce soit, après le rejet dont elle avait fait l'objet ? Un rejet assez violent pour se terminer la tête dans le mur. Il n'aurait pas voulu être à sa place. Mais lui, bien sûr, il ne draguait pas n'importe qui.

Alors qu'il retournait aux cellules chercher Alexian, il eut la surprise de croiser dans les jardins un esclave affublé d'une coiffure étrange, une mèche de cheveux bleus rabattue sur le côté de son visage, artificiellement torsadée en boucles irréelles. C'était comme une apparition tombée des nuages. Il eut un mouvement de recul, mais l'esclave se rapprocha et murmura, en serrant contre lui l'amphore d'eau claire qu'il transportait :

"Ils cherchent de quoi vous accuser. Ils ont décidé qu'on ne peut pas vous faire confiance."

Sur ces quelques paroles énigmatiques, l'esclave s'éloigna à pas rapides, léger comme une colombe. Akroud le suivit des yeux, en pesant ses mots dans son esprit, et lui lança cet encouragement tout aussi crypté : que la souffrance ne serait pas éternelle. Il était grand temps de faire ses bagages, les choses ici allaient mal tourner. Il n'était probablement pas le seul sur la sellette. Tous les amis de Lyther seraient-ils soupçonnés ? Il devait peut-être faire passer le message. Bah, il verrait tout à l'heure, sur son temps libre.

Tout en marchant, il réfléchit à cet événement presque surnaturel. Il avait dû être aimable ou simplement humain envers cette personne dépouillée de tous ses droits, de son identité et même de son physique, un jour ou l'autre. Ou envers quelqu'un de son entourage. En tout cas, les esclaves veillaient eux aussi, ils étaient partout, les yeux grands ouverts, doués de raison ; et il venait de bénéficier de leur protection. Contrairement à celle des gardes qui rapportaient tout aux émirs pour de l'argent, cette protection-là était gratuite, entièrement motivée par le courage et l'envie de s'interposer face à une injustice. Il ressentit une étrange fierté en franchissant les premières grilles, et arriva jusqu'à la cellule de sa nouvelle acquisition avec un léger sourire aux lèvres.

"Alors. Mon petit rebelle qui aime les hommes et qui sait écarter les cuisses. Tu as l'air un peu moins mort que la dernière fois, nous allons peut-être pouvoir trouver un terrain d'entente !"

Amusé des provocations d'Alexian, comme il l'aurait été des abois réflexes d'un chien amical, il le ramena à l'appartement qu'il occupait, voisin des écuries et donnant sur le manège où les bêtes, en ce moment, se promenaient librement en s'abritant du soleil de plomb.

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Message par Alexian Oaken le Dim 30 Juin - 17:32

La souffrance n’est pas éternelle, ou peut être bien qu’elle l’est. Certain peuple souffre plus que d’autres, c’est une réalité. Tout comme ici, un statut est plus douloureux qu’un autre. C’est peut-être presque risible venant d’un homme de sa position de dire quelque chose comme cela. Si la souffrance n’est pas éternelle alors, il serait curieux de savoir comment et en quoi elle se transforme réellement ?
Il ne s’attendait pas à une visite le lendemain, ni les jours d’après mais pourtant, il imaginait que la visite du tortionnaire serait plus rapide que cela. C’est presque certain que le manque d’information sur la temporalité n’aidait pas vraiment à savoir comment ni quand il reviendrait. Une fois la venue d’Akroud terminée, le garde assez bienveillant pour l’aider lui a redonner une allure assez humaine, lui lavant partiellement les bras et le visage, lui donnant suffisamment à boire pour qu’il recouvre l’usage de sa bouche correctement. Pour le repas, il n’en a pas eut beaucoup et il l’a manger lentement ce qui était suffisant pour le moment et faire disparaître les sensations de vertiges trop violentes. Ce n’est pas parfait mais, eh bien c’est une petite victoire car il se trouve encore vivant après deux mois et demi de ce traitement. Si ce n’est pas une bonne nouvelle, il ne sait pas bien ce que c’est. Il a appris à se contenter de peu de choses depuis son arrivée dans ce pays sordide.

Le garde en question, un homme d’une quarantaine d’années, les cheveux courts et la barbe mal rasée a ce tempérament particulier qui ne laisse pas beaucoup de place à la discussion. Tel un robot, formaté pour exercer son pouvoir avec la docilité d’un soldat, il s’est affairé pendant plusieurs jours durant son service à le maintenir en vie sans lui prêter beaucoup d’attention. Ce n’était pas un manque d’empathie mais, plutôt ce genre de détachements que l’on ressent envers un meuble. Un meuble, est-ce tout ce qu’il est désormais ? Il y a certains meubles plus beaux que d’autres, qui méritent la douceur et l’entretien d’un passionné. Les antiquités sont chéries, choyées en dépit de leur âge. Les meubles de designers sont beaucoup recherchés. Dans tout ce dédale de mobilier, il ne pense pas être plus important que la poussière qui couvre le sol, ses épaules et l’ensemble de sa chevelure. Juste un élément du décor, trop inconvenant et agaçant pour être un bon martyr.

Son petit jeu tout au long des journées a été de départir ce fameux garde de son humeur particulière, communiquant avec lui par le biais d’une acidité accrue et de beaucoup de rancœur. Quelqu’un de plus intelligent aurait simplement fait en sorte de ne pas être plus amoché. Pourtant hey, il s’agit d’Alexian, cet anglais particulièrement attaché à sa liberté, autant d’esprit que de corps. Impossible de ne pas l’envoyer chier alors que l’homme, autoritaire lui refourguait des ordres inutiles. Cela lui a valu quelques coups en plus et un début de dépréciation chez le brun. Malgré tout, plus le temps avançait dans la semaine plus cette rancœur se redirigeait autrement dans une sorte de jeu parfois malsain du chat et de la souris. Après conclusion, le martyr insoumis a commencé à comprendre que le garde en question n’était autrement que terriblement ennuyé par ses tâches quotidiennes. Que leur rencontre chaque jour était le seul évènement intéressant de ses longues journées et que la rancœur devenait une forme d’amitié très primaire durant laquelle il se sentait lui aussi, à sa manière un peu moins seul.

Pensant qu’il s’agissait du garde, le léger sourire de Ian se pose sur son visage lorsqu’il parvient à distinguer pour de bon la silhouette familière d’Akroud. Le moment est venu et finalement, l’angoisse commence à poindre le bout de son nez, nouant son estomac violemment. Il se rend compte que, d’une manière ou d’une autre, tout prendra fin prochainement. Soit par la liberté, soit la mort, une autre forme de liberté en un sens. Dans les deux cas, il ne s’était pas autorisé à envisager les conséquences mais, il n’a plus le temps pour cela. Lentement, il parvient à se relever, son pied lui fait bien moins mal et il peut le poser et sans doute marcher assez longtemps dessus. Il le sait, il s’est entrainé dans ce but précis.

« Je ne suis pas votre chose, nous ne nous entendrons jamais. » C’est sans doute une part de vérité, il ne peut pas répliquer autre chose de toute manière. « Allons-y, tout est finit de toute manière, avec vous comme un autre. » Une manière déguisée de lui dire qu’il est heureux que tout cela prenne fin.

Il le suit alors jusqu’aux appartements, qu’il découvre d’un œil intrigué mais trop fatigué pour intervenir. Ian dit à la place : « De l’eau, je peux avoir de l’eau ? Et à manger ? » Il se doute que vu l’heure de la journée, ils ne partiront pas en pleine journée aux yeux de tous et qu’Akroud compte bien lui parler de l’évasion, du moins de certains détails. Sans attendre son accord il se dirige vers la cuisine pour récupérer quelque chose à manger, n’importe quoi. Prenant soin de se laver les mains, ne souhaitant pas voir son reflet dans un miroir. Il doit faire peur à voir… « Je t’écoutes… »
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Message par Leif Kräkenford le Lun 1 Juil - 9:16

En entendant parler un inconnu, Harmony s'était cachée derrière le rideau, où elle demeurait roulée en boule, frémissante, les yeux grands ouverts dans un sommeil éveillé qui semblait tout sauf plein de rêves. Akroud alla la chercher : elle était en plein soleil, elle risquait de s'y brûler le peu de neurones qui lui restait. Il la transporta dans le plan d'eau central qui servait au rafraîchissement de la pièce à vivre, et la baigna dans l'ombre des palmiers du dehors, en lui caressant les cheveux d'un air soucieux. Elle se laissait faire, nue dans l'eau, pantin désarticulé. S'il ne l'avait pas maintenue, elle aurait coulé.

"Ce n'est pas mal que ce soit vous deux."

Akroud éleva la voix : il s'adressait à son nouvel esclave, parti dans la pièce voisine, qui était aménagée de manière plus occidentale.

"Un homme, une femme. Sur les deux, on peut lire les traces de leur séjour. Et vous êtes Blancs tous les deux... toi Anglais, elle Américaine... toi la trentaine, elle la vingtaine. Les héros classiques. Pour l'empathie des pouvoirs concernés, c'est très bien, ils auront le côté 'ça pourrait être ma fille' et le côté 'un putain d'artiste va bientôt faire un film sur eux et je peux m'en servir pour les prochaines élections'... tout concourt à ce qu'ils se bougent le cul."

Il se rendit compte qu'il avait quelque chose d'amer dans la voix, et se tut un instant. Il n'allait pas commencer à ennuyer ce type qu'il ne connaissait pas, avec des questions qui ne le concernaient pas. Alexian avait déjà suffisamment de choses à gérer dans les jours qui suivraient. Son sourire de sphinx réapparut sur ses lèvres, et il reprit en sortant de l'eau le corps de la jeune fille :

"Désolé pour la parano, j'ai eu une sale expérience récemment avec des gens qui m'auraient très bien vu en esclave, sans aucun problème de conscience. Comme quoi j'aurais le profil. Je suis un peu vexé."

Il l'étendit sur les coussins et la dévisagea d'un regard impérieux. Pas bouger. Harmony cilla légèrement et se détourna en direction du mur, amorphe comme une méduse échouée. Dire qu'il y avait des gens qui trouvaient ça sexy... Il avait été incapable de la toucher, pour sa part, d'une façon érotique en tout cas. Il avait essayé et n'en avait retiré qu'une impression de profond dégoût, comme s'il avait manipulé un cadavre. Leurs interactions pour la pousser à prendre soin d'elle et à assurer sa survie basique étaient amplement suffisantes.
Il se détourna de ce spectacle déprimant et alla cueillir une orange sur un plateau pour rejoindre son nouvel invité, en jetant les pelures derrière lui sans plus y faire attention. Cela parfumerait l'air, et il les ramasserait au retour.

"Non pas que je vienne d'une lignée particulièrement noble. Au contraire. A ce que je sache, on a souvent été réduits en esclavage au cours de l'Histoire. Petit peuple du Sahel, isolé entre de grandes puissances guerrières expansionnistes. Mais tu n'es pas venu pour le cours d'Histoire ; quand tu dis que tu m'écoutes..."

Il arriva à la table, s'assit près d'Alexian et étala du papier pour commencer à dessiner des schémas. Le palais, et le relief autour ; les sables mouvants, les montagnes, le complexe de grottes souterraines ; les façons de sortir, sous le nez des gardes ou autrement. Il avait déjà dit aux princes, lors de son petit interrogatoire, comment il avait fait la première fois. Cet itinéraire était celui qu'ils suivraient pour retrouver leur piste si ils soupçonnaient une évasion. Ce n'est donc pas celui qu'ils emploieraient. Ils partiraient droit dans les sables, sans emporter de grandes réserves d'eau, la moindre nourriture, ou de quoi s'abriter du soleil de plomb.

Cette fois, quelqu'un les attendait ; ils pouvaient donc partir sans aucun ravitaillement, juste eux à dos de chameau. Si ils parvenaient jusqu'au point de rendez vous sans se perdre, et si leur contact était bel et bien là, ils seraient sauvés. Sinon, ils étaient morts. C'était aussi simple que ça.

"Je vais parfois me promener seul, mais je pense que dans les temps qui viennent, ils me feront accepter la compagnie d'un garde 'pour ma protection', tu vois ce que je veux dire. C'est très bien. Ce sera mon excuse pour un deuxième chameau. Vous deux, Harmony et toi, vous serez à l'arrière, enroulés chacun dans un tapis au milieu des bagages. Je vous endormirai avec des cachets pour que vous n'ayez pas à souffrir du trajet."

Il se releva et ramena deux verres, indispensables avant de continuer. Deux grands verres de citronnade aromatisées de feuilles de menthe : il mourait de soif. Il parlait énormément aujourd'hui, c'était épuisant.
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Message par Alexian Oaken le Mar 16 Juil - 17:30

Les schémas se déroulent lentement devant les yeux d’Alexian, qui a l’impression fugace d’explorer la scène par l’extérieur. Il se sent détaché, incapable d’envisager une réalité ou sa liberté est une nouvelle possibilité et observer ainsi l’homme face à lui le rend un peu rêveur. Il observe lascivement les pelures de fruits tombés sur le sol et se remémore combien Lyther détestait le manque d’ordre chez lui. L’anglais s’amusait à semer des choses, parfois par inadvertance, souvent pour le rendre colère. L’attitude de son interlocuteur est légèrement différente et il a l’impression que tout cela n’est qu’un jeu auquel il se prête à nouveau. Ce ne serait pas le premier, il jouait déjà le rôle de l’esclave avant…

« Tu veux me droguer et me faire sortir d’ici ainsi ? »

Le ton est tranchant, acide, jugent chaque moindre détail. Il ne faut pas s’y méprendre pourtant, ce n’est pas une question d’ingratitude, plutôt l’attitude d’un homme prêt à laisser son corps, sa vie et sa liberté entre les mains d’Akroud, un homme dont il ignore beaucoup. Il ne lui laissera pas la place à l’erreur, pas même une seule car cela reviendrait à risquer la mort un peu plus. « Plan brillant, ils s’en rendront compte, je suis le martyr le plus détester du Harem. » Le plus connu aussi sans doute. Les tortionnaires et les autres martyrs se retournaient alors beaucoup pour envisager le seul martyr dont le maître a réussi à s’enfuir. Un miracle.

« Si on se fait prendre, c’est quoi le plan ? » qu’il ajoute, récupérant le verre en le buvant d’une traite. L’idée qu’Harmony soit avec eux ne lui plait pas vraiment. Il a peu côtoyé la jeune femme, pourtant, il a l’impression désagréable qu’elle est du genre nerveux et instable. Leur ancien maître en a fait les frais et étrangement, il commence à se dire que plus le temps passe, plus il a réussi à le supporter lui, ancien garagiste effronté et pas elle. Ce qui eux dire au moins une chose pour lui : elle n’était pas supportable. Autrement, il s’inquiète de ce qu’elle pourrait dire ou faire, même droguée et dont les suites mèneraient vers une fin tragique. Qu’elle meure, peu importe mais…que lui meurt ?

Sa main sale attrape le verre, buvant trop rapidement, fermant les yeux sous ce plaisir si simple. Il avait oublié le goût si simple de l’eau au fin fond de sa cellule. « Parle moi de Lyther, où est-il ? » Il a besoin de poser la question, son verre vide juche la petite table tandis qu’il ferme les yeux de fatigue, pas certain de vouloir s’engager dans une aventure comme celle-ci dès les premiers rayons de soleil venus. Il préfèrerait…juste qu’on l’oublie. Pourtant, où qu’il aille, il se sent un peu trop contrôlé, observé.

« Parle sans filtres…on a une chance de réussir ? »
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Message par Leif Kräkenford le Sam 20 Juil - 11:37

"Je n'ai pas le choix de te droguer ou non, l'ami. Imagine. De longues minutes, peut-être une heure avant que je puisse me débarrasser du garde. Tout ce temps enroulé dans un tapis, complètement confiné, comme dans un cercueil de tissu en plein soleil, balancé sur le dos d'un chameau qui court. Tu vas perdre la raison de toute façon, supplier qu'on te sorte de là..."

Akroud eut un petit rire. Il commençait à souffrir des rayons du soleil qui descendaient et traversaient les rideaux, pour arriver directement dans ses yeux, comme des flèches rouges ; il n'aimait pas cette heure, son domicile n'était pas bien orienté pour cela. Il se dévêtit et descendit dans le bassin circulaire qui formait le centre de son salon, avec un soupir de satisfaction. Ainsi plongé dans l'eau et tournant le dos à l'astre, il se sentait mieux. Son regard se tourna vers son invité, qu'il observa avec une curiosité pensive, le visage appuyé dans sa main.

"Cléopâtre l'a fait, remarque. Et elle était blanche comme une Grecque. Mais c'était un être de volonté, Harmony n'en a pas autant. C'est une séance de torture. C'est bien pourquoi ils ne se douteront de rien."

Il lui indiqua l'eau pour l'inviter à venir s'asseoir en face de lui. Il y avait largement la place pour une tablée de personnes autour de ce plan d'eau. Et c'était un lieu plus civilisé pour parler, à une heure pareille. Il avait déjà essayé d'y convier Harmony, mais c'était impossible. Quand il voulait l'hydrater, aux heures chaudes de la journée, il était obligé de lui jeter de l'eau de loin, ou de la plonger de force sous la surface, en récoltant au passage de nombreuses griffures et quelques morsures. Tout ça était affreusement fatigant. Son nouveau pensionnaire avait l'air plus raisonnable, au moins il parlait.

"Je n'ai pas réfléchi à ce qui arriverait si on se fait prendre, en revanche ; je n'en vois pas l'intérêt. Et puis gardons-nous un peu d'effet de surprise, qu'en dis-tu ? Si on se fait trop peur, on n'essaiera même pas."

Le sort du maître surtout serait en question, puisque celui de l'esclave ne ferait que poursuivre sa trajectoire déjà entamée, service et punitions. Pour le maître, ce serait différent. Il était utile aux écuries, il ne serait peut-être pas tué. Il rejoindrait les rangs des esclaves, sans doute. Mais vraiment, Akroud n'avait pas envie de fatiguer son cerveau à envisager ce genre de problèmes. Il verrait bien le jour où ils se présenteraient. Pour le moment, ils n'existaient pas. Lyther en revanche, c'était une autre histoire. C'était à cause de cet imbécile qu'il faisait tout ça. Il leur faisait prendre des risques énormes, Akroud espérait qu'il en avait un peu conscience. Il ferma les yeux et appuya sa tête contre le rebord de céramique et d'émaux. Dire qu'il allait falloir quitter tout cela, sans un regard en arrière... pour ne plus jamais y remettre les pieds.

Heureusement qu'il n'était attaché à rien.

"Si tu es raisonnable et que tu viens te baigner, je te parlerai de Lyther. Oh, c'est vrai ! Il avait un message personnel à te transmettre, justement."

Dans un mouvement reptilien, il rouvrit brièvement les yeux et les referma, alangui contre son support, insouciant et confiant dans les forces qui évoluaient autour d'eux. A quoi bon se débattre et crier ? Tout se mettrait en place de soi-même. Lyther, quelque part dans le monde, apprenait lui aussi à moins se faire un sang d'encre et à se laisser porter sur la voie de l'avenir. Et c'était une très bonne chose.
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Message par Alexian Oaken le Jeu 8 Aoû - 15:53

Lentement, Ian s’alanguit dans l’eau, encore affublé de son pantalon en sarouel. Ses cheveux flottent à la surface, ni tout à fait mouillés, ni tout à fait secs, un savant mélange des deux, ses yeux fixant la silhouette d’Akroud en repensant à Lyther. Il lui manque et malgré cette vérité brutale il a l’impression que ce voyage pourrait être le dernier ou le début de quelque chose d’autre. Il a peur, de ce qu’il ressent et de tout ce qui pourrait se passer. Habituellement, il est le genre d’hommes à aimer l’aventure, ne pas savoir de quoi sera fait demain. L’emprise du contrôle, il laisse cela volontiers aux autres dont la quête est de tout contrôler.

Alexian avait l’habitude de laisser les choses venir à lui, de vivre avec cette passion fulgurante des surprises. Pourtant, demain n’est pas une belle surprise, simplement la fin d’une vie de plusieurs années en captivité à travers laquelle il s’est perdu un peu plus à chaque instant. « Les surprises, c’est bien uniquement lorsque notre vie n’est pas en jeu. » Il ne se leurre pas vraiment, il sait combien ce périple sera dangereux. Les incertitudes dans l’équation sont trop grandes, le résultat est approximatif : soit la mort, soi la vie. A quel prix ?

Fugacement, il plonge son nez sous l’eau comme un crocodile le ferait. Il attend que son nouveau maître lui parle de ce fantôme qu’est Lyther. Chaque jour, il le découvre autrement, un homme avec tant de facettes qu’il s’y perd parfois. Il y à ce maître passionné de création, qu’il apprenait à connaître dans les silences et les mouvements de doigts sur le tissu. Il y à l’homme incroyablement brutal capable de vous brûler au troisième degré avec du café sans plisser une seconde les yeux, aussi terrifiant que délicat, le bourreau qui déteste être bourreau. Le tournis vient facilement à essayer de le comprendre et avec le temps, l’anglais commence à se dire qu’il n’a plus tellement besoin de le connaître, simplement de le laisser diriger les choses en acceptant que les tumultes sont des changements de fréquence nécessaires.

« Dis-moi, quel est le message ? » Il en aurait bien dix à lui donner également. Lui dire que son monde s’est écroulé, qu’il n’est plus le prince prisonnier de ce Harem, que les coups ont eu raison de sa joie de vivre. Il se sent assez fébrile pour fermer les yeux, là sous l’eau et laisser faire le reste. Lyther lui en voudrait, il a promis de ne pas vouloir se tuer en son absence, pourtant après ces mois de captivité éprouvante, c’est la seule envie qu’il avait encore en tête.
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Message par Leif Kräkenford le Dim 11 Aoû - 15:48

Les yeux d'Alexian avaient légèrement changé de couleur à la mention de son ancien maître, enfin, dans la mesure où Lyther avait la capacité d'être un maître, et Alexian, celle d'être un esclave. Ils n'étaient pas doués ces deux-là, ils s'étaient bien trouvés. Ça avait l'air d'être le fond de la pensée d'Alexian, justement, ce qui fit sourire Akroud, qui distilla quelques secondes de silence pour se souvenir avant de réciter :

"Il te dit : ta place n'est pas où tu es. Ta place est où je suis. Tout est prêt. Tu n'as qu'à suivre les instructions. J'espère que ça ne te sera pas trop pénible."

Il avait fermé les yeux pour redire les phrases apprises avec exactitude ; il les rouvrit et parut mal à l'aise quelques instants. Se faire le messager d'un fou n'était pas toujours un métier facile. D'ailleurs, c'était très mal payé.

"Ah, et encore une connerie, mais ça m'arrache la bouche de répéter ça... Si tu choisis de refuser, je respecterai ta décision."

Il leva les yeux au ciel et se laissa couler sous la surface pour humidifier son visage. La folie humaine était un peu comme une exposition de peinture moderne, ou une muraille de caverne couverte de dessins des millénaires passés. On se promenait, on regardait, on ne comprenait rien, et on se disait qu'il valait mieux sans doute en sourire.

Lyther ne savait pas simplement dire qu'il le suppliait de le rejoindre, il fallait qu'il adopte cette pudeur glaciale et distante, ces maximes laconiques de samouraï occidental solitaire. C'était ridicule, dans une pareille situation de détresse. Enfin, Akroud n'était pas là pour jouer les courriers du coeur en adaptant les formules maladroites, il n'avait rien d'un Cupidon ou d'un censeur. Il avait passé le mot, maintenant il se contenterait d'observer les effets avec cette placidité amusée qui lui donnait parfois le sourire du Bouddha.

Au fond, il se demandait si Lyther ne poursuivait pas sournoisement une sorte de dressage très subtil et psychologique, en cassant peu à peu le rapport à la réalité de son esclave pour le rendre docile par pure résignation. Mais c'était sans doute injustifié. Lyther ne contrôlait pas tout ici. Il était victime de ce bordel, à tous les sens du terme, exactement comme eux deux.

Et il faisait son possible pour créer les phrases qui atteindraient son ancien esclave, dans un état d'agitation émotionnelle sans doute largement supérieure à ce qu'il était programmé pour vivre. C'était la seconde fois en deux ans qu'il perdait tout ; et à chaque fois il avait vu planer au dessus de sa tête la menace d'une exécution ordonnée par l'Etat. A chaque fois il avait trouvé une parade. Il devait se douter qu'il n'y aurait pas de troisième fois, toutes ses cartes étaient jouées. Akroud se permit tout de même une réflexion à voix haute :

"J'espère que tu lui seras de bonne compagnie. Il va en avoir besoin. Je me suis peut-être un peu attaché à cette grande cigogne... Bah. Je serai là-bas aussi, en fait. Si certains jours tu as envie de parler."

Il tendit la main à Alexian pour sceller le pacte, enfin, si ce chien sauvage était suffisamment apprivoisé pour cela. Et s'il pouvait encore se figurer un contact physique humain autrement que comme une menace ou une tentative de séduction.
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Message par Alexian Oaken le Sam 17 Aoû - 1:47

Le message est précis, peut être qu’il informe également d’autres éléments. Quelques sentiments secrets que lui-même n’a pas vraiment envie d’accepter. Il a envie de dire à Lyther combien il a l’impression que tout le concernant est une épreuve. Quelle épreuve ! Il va devoir parcourir la moitié de la planète, prendre le risque de perdre la vie pour le rejoindre. Le rejoindre seulement ? Il y à un goût de liberté dans cette requête, comme lorsqu’on invite le plus téméraire des pirates à braver la mer. C’est une demande sous-jacente, car on sait que le marin prendra le large, amoureux de l’étendue saline. Alexian est de ceux qui chérisse la liberté, gravissant les sentiers pour y parvenir.

Sceptique, il transpire le froid en observant Akroud délivré ce message avec légèreté. A lui aussi, il aimerait lui dire quelques secrets. Lui crier que rien de tout cela n’est léger ! Le message porte le poids d’une année de captivité. Des jours de cette condition putride durant laquelle l’un comme l’autre a appris à vivre avec les tempéraments changeants de l’autre. Elle résidait ici la réelle épreuve, camouflée derrière les bravades, les interdictions et les dorures de ce palais d’enfer. L’anglais se sentait prisonnier de cette relation-là, le seul esclave dont la condition rendait fou son bourreau. Pourtant, alors que le message se délivre, il se glisse dans l’eau à la manière d’un crocodile, tapissant son beau visage des remous délicats du liquide. Il porte un autre masque, masquant sous l’eau le seul aveu qu’il ne délivrera pas à cet homme face à lui. Un sourire, aussi frileux et pudique, qu’il tait à tout jamais sous l’eau.

Après tout ce temps, il a l’impression de découvrir autrement Lyther, lui et ses complexités qui le rendait si impuissant auparavant. L’instant ne dur pas longtemps, pas assez du moins, pour qu’Akroud se demande se qu’il traficote réellement. Son visage se relève, le ruissellement s’écrase en un petit bruit discret avec la gravité.
« Merci. J’y songerais, les jours où je ne serais pas de bonne compagnie pour lui. » Il sait qu’ils seront nombreux, c’est toujours dans ces moments là qu’il se sent le plus fébrile, qu’il se sent incroyablement démuni et que Lyther possède réellement le plus de pouvoir sur lui. Une emprise qu’il ne parvient pas à accepter.

Une main se serre, avec une force nécessairement inégale. Le poids de la défaite penchant d’un côté tandis que celui de la victoire donne le vertige au beau chanteur. C’est un pari risqué, ils  le savent pourtant quelque chose d’inévitable les englobe, précisément comme lorsqu’on observe deux armées avancer l’une vers l’autre sur le champ de bataille.

Il n’a pas besoin d’en apprendre plus, le nécessaire a été dit et fait, il n’y à que l’avenir qui est nécessaire. Après un instant, il s’éloigne, saluant rapidement Akroud pour rejoindre son couchage.

Le lendemain matin se résume en quelques pensées fugaces. La froideur de la douche précédent la morsure du soleil ardent. Un cachet, avalé en une prise rapide tandis que les pas sur le balcon le porte une dernière fois vers le désert. Demain, quoiqu’il en soit il  ne verra sans doute plus c e paysage, mort comme vivant. La nostalgie le gagne peu à peu tandis que la main légèrement ferme de son nouveau maître, un maître de la dernière chance, s’appose sur son épaule crispée. Il est l’heure de partir, le moment est arrivé et la crispation à l’estomac a empêché Ian d’avaler réellement un petit-déjeuner correct.
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La suite est bien moins difficile, une fois évanouit, il sait qu’il finira enrouler dans un tapis. Il se souvient vaguement avoir sentit la brulure du tissu contre sa joue, comme le souffle, ralentit de quelqu’un d’autre non loin. Harmony ? N’est-elle pas morte ? Le sang l’autre jour laissait penser que oui pourtant…il se souvient l’avoir ramassé…
L’incohérence le gagne assez pour qu’il reperde connaissance, la nausée s’emparant de lui tandis qu’il ne perçoit déjà plus le mouvement lancinant des vagues. Sont-ils sur un bateau ? Il semblait pourtant qu’il voyagerait à dos de bête…Pourtant, tout cela ressemblait aux mouvements de l’eau, d’où la venue du mal de mer.

Quelques heures (jours ?) après pourtant, le début d’un souvenir parvient. L’eau, brulante mais désaltérante se glisse contre ses lèvres mangées par le soleil et la chaleur. Un vague goût de poussière, de terre et de sueur se mêle au breuvage. Il se sent tousser quelques fois tandis que la voix plus sereine se porte à son oreille : « Encore, il faut boire. » Tout ce qu’il dirait, tant que la sensation de sable disparait de son œsophage !

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Le premier interrogatoire a eu lieu aux Etats-Unis. Encore couvert de la poussière du voyage, les yeux tirés de fatigue, les mains tremblantes. En réalité, cela faisait déjà plusieurs jours que le voyage durait, Akroud a rencontré quelques difficultés qu’il a dû improviser sur le moment. Quoiqu’il en soit, les autorités sont arrivées très rapidement, reprenant leur rôle.  Techniquement, ils avaient le droit d’attendre, au moins quelques heures que le périple s’efface de sa peau. En réalité, interrogé Alexian si vite permettait d’avoir son point de vu à chaud, sans influence du monde extérieur. Il suffisait pour lui de tout raconter ! Raconter quoi ? L’ironie se portait à nouveau face à lui et il avait bien envie de les envoyer balader seulement…L’idée de revoir Lyther surpassait sans doute les quelques douze heures obligatoires d’interrogatoires, les deux dépositions, les sept tests sanguins et la prise d’empreinte. On ne rentre pas sur le territoire américain ainsi.

Passé ce temps-là, l’une des inspectrices parvient, avec son sourire enjôleur, ses boucles blondes et son ventre arrondi par sa grossesse à lui donner un sandwich, de l’eau et les indications pour être récupéré par un membre de sa « famille ». Officiellement il sait qu’il s’agit de Lyther. Qui d’autres ? Damien peut être ? Peu de chance qu’il ai réussi à faire le voyage en si peu de temps !

Ses pas le mènent lentement, écrasé par les derniers mois vers l’extérieur du sas de police à l’intérieur de l’aéroport, la double-porte automatique s’ouvrant sur la luminosité différente de ce pays dont il ignore tout. Il se sent aveuglé, un peu  terrifié aussi.
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