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Message par Leif Kräkenford le Ven 6 Sep - 20:44

Enfin, la longue attente se termine, le moment de vérité approche. C'est l'heure. L'avion arrive. Les portes s'ouvrent... Le voilà.

La longue silhouette élégante et tendue se signale parmi les passagers agités ; c'est bien simple, elle ne bougera pas et on ne la bousculera pas. Depuis que ses lunettes de soleil ont laissé place à ses lunettes de vue, c'est parfaitement clair pour tous les passants, et certains font un écart rapide pour éviter un funeste destin. D'autres, tout à leur projet de voyage, ou à leur retour au pays, sont trop joyeux pour se formaliser de cette menace qui plane. Ils ignorent le danger et heurtent le fantôme immobile. Il n'a pas l'air de grand-chose de toute façon ; certes, il est bien habillé mais c'est visiblement un simple employé. Un chauffeur venu récupérer quelqu'un d'important pour le conduire à destination. Sa casquette, sa pancarte à la main, qu'il change de bras comme s'il n'avait pas l'habitude de cette tâche ennuyeuse, la petite plaque métallique sur le côté de sa veste de costume noire – juste un prénom, Leif. La pancarte indique un nom plus digne : Mr Walker. Le pseudonyme donné par la police à Alexian pour la fin de son trajet.

L'agent qui l'accompagnait lui fait signe et s'éloigne de son côté, le laissant entre de bonnes mains : celles de son ancien maître. C'est le chauffeur inconnu qui s'avance à travers la foule pour récupérer les maigres bagages, quelques vêtements décents et à sa taille fournis par les forces de l'ordre durant ses journées d'interrogatoire. Un simple signe de tête :

"Bonjour, monsieur Walker. Vous avez fait bon voyage ? Votre voiture vous attend."


Il y a un moment de tension intolérable lorsque leurs regards finissent enfin par se croiser, presque un choc frontal de deux véhicules lancés à toute vitesse dans des directions contraires. Lyther a changé, difficile de dire en quoi. Bon, extérieurement ses cheveux ont poussé, et encadrent maintenant son visage de boucles qu'il cachait jadis, les jugeant trop chaotiques pour le sérieux de son image. Son teint est plus pâle ; il vit désormais pour de bon sous terre. Et il y a autre chose. Mais il ne laisse rien paraître sur le moment, il tourne les talons et file en direction de la sortie, en s'assurant que le voyageur le suit. Ce n'est pas le lieu ni l'heure, ils ont un trajet à faire pour pouvoir reprendre leur interaction où ils l'avaient laissée. Il se souvient parfaitement des derniers mots qu'ils avaient échangé : il s'agissait de Damien, cet ami si cher auquel Alexian regrettait de ne pouvoir donner des nouvelles. Il en a eu, à présent. C'est presque avec fierté que l'ancien couturier l'annonce en démarrant la voiture neutre qui va les conduire à destination.

"Je l'ai fait. J'ai vu ton ami. Il est rassuré à ton sujet. Il aimerait t'écrire ou te rendre visite, téléphoner n'est pas prudent mais... on trouvera des solutions. On verra."

L'envie d'être aimable n'est pas compatible avec cette fichue tension. Pourquoi ? Il aimerait être juste content d'avoir tiré un esclave de cet endroit horrible. C'est un esclave qui n'avait pas du tout envie d'y être, et qui se laissait mourir à la manière violente. Le meilleur candidait pour tenter une action désespérée. Et c'était "le sien". Celui dont il avait pris la responsabilité. Il aurait dû sauter de joie en ce moment et le serrer dans ses bras en célébrant ce moment incroyable, qui finalement était arrivé par une sorte de miracle. Ils auraient dû relâcher toute la pression de ces longs moments d'incertitude et d'angoisse, en allant faire la fête quelque part. Mais ça n'aurait pas été prudent. Et ça n'aurait pas été... eux. Ils étaient deux volcans, ils l'avaient toujours été, et pour l'heure ils se regardaient avec des yeux de feu et des visages de pierre.

Lyther – Leif Kräkenford - tourna le volant pour mettre le cap sur le casino.

"On t'a expliqué un peu où tu vas habiter désormais ? Si tu as des questions, n'hésite pas."
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Message par Alexian Oaken le Sam 21 Sep - 12:38

Le frisson débute à la seconde où ses pieds se posent sur le sol du terminal, sentant une vague d’angoisse mêlée à cette tension si particulière. La caresse est désagréable, son échine est parsemée d’un long frisson désagréable, une sensation un peu froide dans le bas du dos alors même que son estomac dégage une chaleur inhabituelle. Les mains un peu moites, il parvient à attraper un petit bout de son sac à dos, ce petit bout de tissu qui pend toujours permettant d’en resserrer les bretelles. Le tenir n’est pas le mot, il l’emprisonne plutôt de ses mains, rendant les jointures de ses phalanges blanches. Le premier souffle expulsé est laborieux, peut être encore plus que lorsqu’il se trouvait dans cette cellule sordide, recevant les coups trop réguliers de ces bourreaux.
L’anglais ne se sent pas prêt à affronter ce chaos-là, celui qui le pousse à avancer malgré tout tandis que le regard de certains se posent dans son dos, détaillant sa silhouette. Il semble venir d’un autre temps et être mêlé ainsi à une civilisation qui n’est plus la sienne est perturbant…accablant. Le vibreur d’un téléphone lui fait tourner la tête, l’homme qui l’accompagnait n’est déjà plus. Soudain, cette constatation effrite un peu plus le peu d’assurance qu’il avait. Réticent, il dépasse la porte, le courant d’air le figeant mais, pas tout autant que ce que ses yeux viennent d’accrocher.

C’est juste là, palpable dans la tension que ses épaules prennent tandis que sa salive disparait un peu. A une pulsation, il lui suffit d’avancer et qui sait ? De juste poser ses mains sur cet homme habillé comme le plus républicain des américains. La sensation particulière d’un fourmillement ressurgit dans sa main, bien tenté d’y répondre en effleurant la peau de l’homme dissimulé sous sa casquette. Il a toujours aimé les masques ! Cette pensée l’effleure comme le ferait la lame d’un couteau, aussi, il secoue un peu la tête pour se débarrasser de cette pensée-là.
Le souffle court, il n’a pas bougé d’un poil, écoutant le timbre de cette voix et recouvrant de vieilles sensations. Quelqu’un de plus émotif en aurait pleuré ! Comme un homme pleure lorsqu’il revient du front, redécouvrant la douceur d’un foyer. Comme un homme qui se sent condamné. Sans trop savoir pourquoi pourtant, il suit son ancien bourreau, quittant cet endroit qui n’est pas prêt à accueillir cette discussion. Ni aucune les concernant d’ailleurs…Ce serait trop faux, trop distant de cette fièvre qui les anime encore. Il peut le voir, plongé dans les beaux yeux de Lyther, couvant une froideur faussement travaillée.

Ce n’est qu’une fois dans la voiture qu’il pose le sac sur ses genoux, constatant que ses deux mains sont pétrifiées par la douleur. Ce n’est pas la pire, le regard fuyant, le chanteur désamorce le processus, libérant le pauvre sac de son emprise. Damien est un bon début. Un début sain. Repenser à ses boucles rousses lui rend un léger sourire. Un sourire brisé mais qui est tout de même l’amorce d’autre chose.

« J’ai envie de le voir…mais…pas tout de suite. » Puisque recouvrer avec ce passé-là n’est sa priorité. Il lui faudra d’abord le temps de panser ses plaies, soigner quelques blessures internes et peut être mettre au clair quelques choses entre eux-deux. Il ne se sent pas prêt émotionnellement à affronter la douceur de Damien, son sourire et ses mains. Ni même le regard aiguisé qu’il aurait de Lyther, il devinerait tout, beaucoup trop vite.

« Merci…de l’avoir fait. Je te savais homme de parole. Même si je ne pensais pas que tu y parviendrais. » Lui reparler, avec cette aisance est un cheminement difficile. Ses yeux se posent plutôt sur la vitre en fixant l’extérieur d’une contrée qu’il ne connaît pas du tout. Ce n’est pas la maison, elle est restée à Oxford. Ce n’est pas non plus cet endroit sordide. Juste la possibilité de tout recommencer autrement. « Une sorte de casino ? Il te fallait au moins ça, pour construire ton palais. Tu aimes diriger. » Que des affirmations, rien de plus que la réalité. Du moins une réalité vécue. « Tu t’es construis une autre prison dorée. » qu’il murmure, un léger sourire dans la voix. « Je dois t’appeler Leif en public ? »
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Message par Leif Kräkenford le Lun 23 Sep - 14:05

"De rien. Je te devais bien ça. Et, oui, appelle-moi Leif tout le temps, si tu peux t'y conditionner... C'était difficile pour moi aussi au début. Toujours l'impression qu'un sniper va m'abattre dès que je mets le nez dehors. Et puis on s'y fait."

C'est ce que font les humains, n'est-ce pas, quand ils veulent se témoigner du soutien ? Ils se rappellent les uns aux autres qu'ils ont connu les mêmes douleurs, qu'ils peuvent évoquer dans le théâtre de leurs mémoires les mêmes symptômes, et qu'ils comprennent. La voiture démarre. Une longue avenue encombrée de foule qui s'affaire en tous sens, trop de néons, davantage de vitrines que de logements, dirait-on. C'est la rue principale, celle dans laquelle les films d'action font atterrir les avions piratés.

Il s'est préparé à les revoir, ces gens cassés en morceaux. Il a théorisé tout ce que l'on pouvait faire pour les mettre à l'aise, les réhabituer peu à peu à se considérer comme des personnes, à s'adresser à autrui sans chercher son assentiment ou sa colère. Il a lu beaucoup de choses et parlé avec les plus grands spécialistes. Il a dépensé sans compter, tel le créateur de Jurassic Park, pour mettre en place un monde de dispositifs et de salles, où tout a été pensé pour guider les esclaves traumatisés vers la réhabilitation et le retour à la vie quotidienne... Mais rien ne pouvait le préparer à cet échange de regards.

Il sait exactement ce qu'a subi Alexian. Parce que c'est lui qui le lui a fait subir, et le miroir qu'il lui présente est plus difficile à regarder en face que n'importe quelle épave humaine moralement détruite. Alors il regarde la route, jusqu'au moment où il bifurque vers les sous-sols du casino, en pesant les prochains mots qu'il prononcera. Oui, autant parler des lieux.

"Le casino appartient à un monsieur Snakeberry. Il avait des problèmes d'argent, il a fait un deal avec la police. Il m'abrite en tant que témoin protégé, et je l'aide à redresser ses affaires. Tu constateras que mon style a envahi cet endroit."

La voiture s'arrêta au fond d'un long tunnel ; les véhicules annonçaient le luxe de l'endroit. Lyther sortit et ouvrit la portière de son invité, engoncé dans son rôle de chauffeur officiel. Une porte d'ascenseur à côté d'eux était la seule voie d'entrée visible. Quant à ce qui se trouvait dans les étages ludiques, il le lui montrerait peut-être un jour, s'ils étaient assez détendus pour ça. Non, pour le moment il n'avait pas vraiment l'énergie pour le faire, et ils se mettraient en colère au premier malentendu venu. Il s'approcha de l'ascenseur et appela la machine en glissant un regard de côté à son ancien esclave.

"Il y a sept étages au-dessus du sol, et sept au-dessous. Tout en bas, c'est l'étage où je vis. J'ai fait installer des appartements spécifiques en haut, pour les... pour vous et vos anciens camarades, quand on en aura libéré d'autres. Des vrais appartements, avec tout le confort. Très protégés. Le personnel du casino assure le ménage et les repas."

Il y avait dans sa voix une question qu'il ne posait pas. Alexian était prévu, un appartement à son nom l'attendait. Mais il serait peut-être curieux de voir où et comment vivait son ancien possesseur... de s'assurer que c'était bien vrai, qu'il ne le vendait pas simplement à une nouvelle organisation. Ce serait légitime de sa part de se poser la question.

Lyther se tenait prêt à lui apporter une réponse aussi claire que possible. Il s'en voulait déjà assez de ne pas être en mesure de formuler une réponse cordiale. En ce moment, il se sentait... handicapé. Diminué et vexé. La fréquentation du directeur Snakeberry, un homme outrageusement extraverti aux costumes tapageurs, ne faisait rien pour lui donner une meilleure opinion de ses propres performances sociales.
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Message par Alexian Oaken le Mer 2 Oct - 20:25

« Tu resteras toujours Lyther pour moi. » qu’il murmure, dans un un souffle presque inaudible, peu sur de cette réalité lui-même. La réalité est différente, ce carcan social qui oblige à s’accorder à des normes. Tout cela, il ne l’avait pas éprouvé de la sorte depuis presque deux ans. Se retrouver ainsi, face au monde, même camouflé derrière les vitres teintées lui rappel presque trop brutalement qu’il ne revient tout simplement pas d’un camp de vacances éloigné. Il revient du pire, là où des hommes se sont crus plus fort et assez puissant pour l’arracher à sa belle ville d’Oxford, le traîné dans les Emirats et penser qu’il serait désormais un objet.

Il a fini par se sentir un peu comme cela, se laissant aller au joug d’une dépression qui laisse dans son regard des fragilités qu’il n’aimerait pas exposer si aisément. Puisqu’il a eu envie de mourir, de la même façon qu’il a eu envie de pousser Lyther sur ce balcon face au désert et laissé faire le destin. C’est presque un euphémisme, il aurait aimé faire davantage et son esprit a eu aisément le luxe de s’offrir quelques disgressions fantasques. Son imagination est grande, elle l’a toujours été. Pourtant, elle était sollicitée autrement, plutôt par ce désir presque obsessionnel de dessiner. Parfois, ça lui brûlait assez les mains pour qu’il se lève la nuit, secrètement, veillant le sommeil de son bourreau en dessinant ses courbes, alanguie dans son sommeil. Vulnérable.

Précieusement, c’est le seul objet qu’il a réussi à récupérer, son carnet de dessin et un petit bout de tissu, qu’il tient paresseusement contre lui, pas vraiment camouflés, pas vraiment dévoilés. Un entre deux plaisant, comme l’évidence d’une porte entre eux. Les deux objets sont reliés pourtant à l’homme assit à côté de lui, quittant l’habitacle avec une aisance calculée mais maladroite. Il reconnait les tensions qui animent ses épaules. Machinalement, dans un geste d’habitude, il approche pour récupérer la casquette, la vissant sur sa tête et dévoilé un petit peu les cheveux de Lyther. Ce n’est qu’un geste du banal, aussi une façon de s’apprivoiser encore l’un à l’autre.

« Sept étages, chaque étage sert à quoi ? Un casino, ce n’est pas si souvent aussi grand… Tu vas rire sans doute, je n’avais jamais mis les pieds dans un casino. » Un léger rire effleure cet aveu, une bouffée d’air frais.  « Tu construis une autre prison Lyther ? Il va bien falloir nous libérer un jour. » Le ton est celui de l’amusement, son malaise est pourtant perceptible. Au travers de cela, il avoue ne pas apprécier de se sentir prisonnier à nouveau, il le camoufle juste sous son cynisme habituel

« Trois mois. C’est le temps que j’ai passé, assis sur le sol de béton de ma cellule après ton départ. » Tout de suite, l’aveu est moins drôle, plus brutal, un peu sur un ton de reproches. « Ils ont d’abord commencer par essayer d’être doux…croyant que ça me ferait parler, que je te détestais assez pour te trahir. Ils ont oublié que même si j’avais voulu…j’ignorais tout »

Il le dit en appuyant sur le bouton menant au sous-sol, répondant à cette interrogation muette et acceptant encore une fois, de descendre sous terre avec lui. Il le suivrait n’importe où. Le dos contre la cage de l’ascenseur, il ferme un instant les yeux en murmurant ces secrets, qu’il attendait d’avouer.

« Je pleurais encore ta mort. Et eux, ils me demandaient où tu te trouvais. Après trois jours…les choses étaient plus sérieuses. La rage…elle a escaladée …puisqu’ils arrivaient pas à te trouver. Que j’étais leur seul lien. Ils ne pouvaient pas torturer…ton fiancé. Trop précieux, conflit politique. Mais moi ? Pourquoi pas. » Il a rarement été aussi bavard et tandis que l’ascenseur s’ouvre sur l’appartement, il demeure immobile, attrapant le poignet de Lyther pour le contraindre à lui faire face.

« J’attends autre chose que des explications d’organisation. J’attends que tu m’expliques pourquoi j’ai passé trois mois à me faire frapper et toucher, humilié pour toi. Sois clair et explique moi une seule chose : comptais-tu réellement me faire sortir de cet endroit ? Ou bien, est-ce que c’était un concours de circonstance ? »
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